Pourquoi je suis triste sans raison ? Comprendre sa tristesse et son mal-être
« Je ne comprends pas pourquoi je suis triste. »
« Pourtant, dans ma vie, tout va plutôt bien. »
« Je n’ai aucune raison d’être malheureux.se, alors pourquoi est-ce que je me sens comme ça ? »
Ce sont des phrases que l’on peut entendre en thérapie, mais aussi se répéter intérieurement, n'est ce pas ?
On comprend notre tristesse lorsqu'elle apparait après un événement identifiable : une séparation, un deuil, une déception, une période difficile. Mais il arrive aussi qu’elle semble surgir sans raison particulière.

On continue à travailler, à voir ses proches, à faire ses activités habituelles… et pourtant, quelque chose pèse... Il peut s’agir de plusieurs choses qui rentrent en jeu : d'une fatigue émotionnelle, d'un mal-être plus diffus, d'une accumulation de difficultés ou encore d'une émotion que l'on n'a pas vraiment pris le temps d'écouter.
Mais ce qu'on néglige surtout c'est que cette tristesse peut aussi être liée à quelque chose de beaucoup plus large : ce que nous voyons et vivons dans le monde qui nous entoure.
Alors je vous propose qu'on creuse un peu ces questions : pourquoi peut-on être triste sans savoir exactement pourquoi ? Et surtout, à partir de quand cette tristesse nécessite-t-elle d'être accompagnée ?
Pourquoi je suis triste : est-ce vraiment possible que ce soit sans raison ?
La première chose à se rappeler, c'est qu'une émotion n'apparaît pas par hasard.
Nos émotions sont influencées par ce que nous vivons aujourd'hui, mais aussi par notre histoire, nos relations, nos besoins, nos valeurs et parfois par des expériences que nous avons appris à mettre de côté.
C'est pourquoi vous pouvez vous réveiller un matin avec une profonde tristesse sans pouvoir répondre immédiatement à la question :
« Mais qu'est-ce qui m'arrive ? »
Il n'y a pas un événement précis à identifier en général, mais plutôt plusieurs petites choses accumulées : une charge mentale importante, des tensions relationnelles, une fatigue persistante, un manque de sens, des frustrations répétées ou le sentiment de devoir constamment tenir le coup.
Et surtout, ce que vous ressentez aujourd'hui peut parfois être le résultat de ce que vous portez depuis longtemps.
La tristesse n'est pas toujours le problème
Lorsque nous ressentons une émotion désagréable, notre premier réflexe est souvent de vouloir nous en débarrasser. Nous voulons arrêter de penser, retrouver notre énergie, « relativiser », nous changer les idées.
Et parfois, prendre de la distance peut être nécessaire ! Mais vouloir systématiquement faire disparaître une émotion nous empêche de comprendre ce qu'elle vient nous signaler. Et surtout, une émotion ne fait que grossir si on ne lui fait pas de place et croyez-moi, vous ne souhaitez pas vivre une explosion émotionnelle lorsque ça déborde...
Dans mon métier de psychopraticienne, je considère les émotions comme des éléments importants à écouter.
La tristesse peut parler d'une perte.
La colère peut signaler une injustice ou une limite qui a été dépassée.
La peur peut nous alerter.
Et parfois, une émotion apparemment « excessive » prend tout son sens lorsque l'on comprend ce qu'elle vient toucher dans notre histoire.
La question n'est donc pas toujours :
« Comment arrêter d'être triste ? »
Mais plutôt :
« Qu'est-ce que cette tristesse essaie de me montrer ? »
Quand le monde extérieur devient émotionnellement difficile à supporter
Il existe également une source de tristesse dont on parle peut-être moins : la souffrance du monde. Guerres, violences, injustices, crise écologique, précarité, catastrophes…
Nous sommes aujourd'hui exposés à une quantité considérable d'informations. Quelques secondes sur notre téléphone peuvent suffire pour être confronté.e à une catastrophe à l'autre bout du monde dont nous sommes impuissant.es. Et lorsque nous sommes particulièrement sensibles à ce qui arrive aux autres, cette exposition répétée peut finir par peser psychologiquement. Ça vous parle ?
On peut se dire : « Comment continuer ma petite vie normalement alors que tant de personnes souffrent ? ». On peut ressentir de la tristesse, de l'angoisse, de la colère, de l'impuissance... Et même une culpabilité lorsque l'on parvient à profiter de sa propre vie.
Même si on sait au fond qu'être heureux.se quelques heures ne signifie pas être indifférent.e à la souffrance des autres. Vous avez le droit de rire alors que le monde traverse des difficultés. Vous avez le droit de partir en vacances, de danser, de faire des projets, de profiter d'un repas avec vos proches. Prendre soin de votre propre vie n'enlève rien à celle des autres. Vous le savez, c'est plus facile à dire qu'à faire, tout simplement car ça ne suffit pas. Il s'agit de faire face à l'impuissance que l'actualité nous fait ressentir. Et pour ça je vous encourage à lire cet article dédié à ce sujet.
Pourquoi certaines personnes sont-elles davantage touchées ?
Une même actualité peut laisser une personne relativement indifférente et provoquer chez une autre une profonde tristesse. Comme souvent, ça dépend de notre sensibilité, de notre histoire personnelle, de nos valeurs et de ce que l'événement vient réveiller en nous. Une personne ayant vécu une situation de violence, une personne très attachée à la protection du vivant, une personne qui accorde beaucoup d'importance à la justice...
Car derrière notre émotion se trouvent souvent les choses auxquelles nous accordons de la valeur.
C'est pourquoi je ne crois pas qu'il faille automatiquement considérer une grande sensibilité comme un défaut, la question est plutôt de savoir comment vivre avec cette sensibilité sans qu'elle nous submerge.
Tristesse, anxiété ou dépression : comment faire la différence ?
Vous le savez problablement déjà mais ressentir de la tristesse ne signifie pas nécessairement être en dépression : la tristesse fait partie de la vie. Elle peut apparaître dans une période difficile comme on l'a vu, et peut aussi fluctuer : certains jours sont plus difficiles que d'autres, mais l'émotion s'apaise normalement avec un peu de temps. L'anxiété apparait parfois dans ce contexte également : surcharge mentale avec des pensées incontrôlables et envahissantes.
En revanche, une tristesse qui s'installe durablement et qui s'accompagne d'autres changements mérite davantage d'attention.
Quelques exemples :
une perte d'intérêt ou de plaisir pour des activités habituellement appréciées ;
une fatigue importante ;
des troubles du sommeil ;
une modification de l'appétit ;
des difficultés de concentration ;
un sentiment de culpabilité ou de dévalorisation ;
un retrait progressif des relations sociales ;
une impression de vide ou de désespoir ;
des pensées très négatives qui deviennent envahissantes.
Ces signes ne permettent pas à eux seuls de poser un diagnostic, et ce n'est pas mon métier. Par contre, ils constituent des raisons valables de ne pas rester seul.e avec ce que vous traversez.
Et si vous avez des pensées suicidaires ou l'impression que vous pourriez vous mettre en danger, il est important de chercher rapidement l'aide d'un.e professionnel.le et de contacter les services d'urgence si besoin. Je reste comme toujours disponible.
Quand la tristesse devient-elle un mal-être ?
Il n'est pas nécessaire d'attendre d'aller « très mal » pour consulter. C'est une idée que j'aimerais vraiment déconstruire ici.
On peut consulter parce que l'on ne comprend plus ce qui se passe en soi.
Parce que l'on se sent différent·e depuis quelque temps.
Parce que l'on a l'impression de fonctionner en pilote automatique.
Parce que l'on pleure plus facilement.
Parce que l'on est constamment préoccupé·e.
Ou simplement parce qu'une question revient :
« Pourquoi est-ce que je me sens comme ça alors que je n'arrive pas à l'expliquer ? »
Une thérapie peut alors être un espace pour ralentir et prendre du temps pour comprendre ce qui se passe. La solution est rarement immédiate mais est toujours durable.
Que peut-on travailler en thérapie lorsque l'on est triste sans raison ?
En thérapie, nous pouvons progressivement essayer de mettre des mots sur ce qui est vécu.
Qu'est-ce qui a changé récemment ?
Depuis quand cette tristesse est-elle présente ?
Quelles situations l'accentuent ?
Que se passe-t-il dans les relations avec les autres ?
Y a-t-il des besoins qui ne trouvent plus leur place ?
Certaines émotions sont-elles difficiles à exprimer ?
Est-ce que vous vous imposez beaucoup de choses ?
Est-ce que vous avez l'habitude de prendre soin des autres avant de prendre soin de vous ?
Nous pouvons également regarder ce qui, dans votre histoire, influence votre manière actuelle de vivre les événements.
Il ne s'agit jamais de chercher une cause unique à toute émotion, ce serait bien trop réducteur face à la complexité de notre existence et de nos fonctionnements.
L'objectif est plutôt de mieux comprendre votre fonctionnement et ce qui, aujourd'hui, vous met en difficulté pour ensuite avancer à votre rythme.
Et si votre tristesse disait aussi quelque chose de vos valeurs ?
C'est ici que je reviens à la question de l'état du monde. Lorsque nous sommes profondément touchés par ce qui arrive autour de nous, nous pouvons être tentés de considérer cette tristesse comme un poids dont il faudrait absolument se débarrasser.
Mais derrière elle, il y a quelque chose de précieux.
Derrière la tristesse face à la souffrance humaine, il peut y avoir de l'empathie.
Derrière la colère face à une injustice, un besoin de justice.
Derrière l'inquiétude pour l'environnement, un attachement profond au vivant.
Et derrière le sentiment d'impuissance, parfois, l'envie de trouver une autre manière d'agir.
Cela ne signifie pas qu'il faut transformer chaque émotion en engagement.
Vous avez aussi le droit d'être simplement triste.
Mais comprendre ce qui se trouve derrière cette émotion peut permettre de retrouver une certaine cohérence entre ce que vous ressentez, ce qui compte pour vous et la manière dont vous choisissez de vivre.
Comment prendre soin de soi sans devenir indifférent ?
Il existe un équilibre entre tout absorber et ne plus rien ressentir bien entendu.
Vous pouvez être informé·e sans consulter les actualités en continu. Vous intéresser à un sujet sans regarder toutes les images qui circulent sur les réseaux sociaux. Ou choisir les moments où vous vous informez, faire des pauses, choisir de continuer à vivre votre vie.
Et surtout, accepter vos propres limites !
Vous ne pouvez pas porter toute la souffrance du monde, vous pouvez seulement décider de la manière dont vous souhaitez y prendre part. ça passe par une action concrète, une conversation, un engagement ou simplement par le fait de prendre soin de soi suffisamment pour avoir encore de l'énergie à consacrer aux autres et à ce qui compte.
Alors, que faire lorsque l'on est triste sans savoir pourquoi ?
Vous n'avez pas forcément besoin de trouver immédiatement une explication, vous pouvez commencer par observer ce qui se passe.
Depuis quand suis-je triste ?
Qu'est-ce qui se passe dans ma vie en ce moment ?
Qu'est-ce qui me demande beaucoup d'énergie ?
Qu'est-ce qui me manque ?
Qu'est-ce qui me touche particulièrement ?
Est-ce que je me sens triste uniquement par moments ou est-ce devenu mon état habituel ?
Est-ce que je continue à avoir du plaisir dans ma vie ?
Ces questions ne sont pas là pour vous faire analyser chaque émotion mais vous aider à porter un regard un peu plus curieux et moins culpabilisant sur ce que vous traversez. C'est une première étape précieuse qui apaise déjà beaucoup votre émotion (car ça lui donne une place).
Parce que votre émotion n'est pas nécessairement votre ennemie, c'est une information.
Quand demander de l'aide ?
Si votre tristesse dure, s'intensifie, vous empêche de profiter de votre quotidien ou s'accompagne d'une anxiété importante, d'un épuisement ou d'un sentiment de perte de sens, vous pouvez vous faire accompagner.
Je le rappelle, il n'est pas nécessaire d'avoir une « bonne raison » pour consulter.
Vous pouvez simplement sentir que quelque chose se désequilibre et avoir envie de comprendre ce qui se passe. C'est précisément ce qui peut être travaillé dans un espace thérapeutique.
En tant que psychopraticienne, j'accompagne les personnes qui souhaitent mieux comprendre ce qu'elles traversent, leurs émotions, leurs relations et les mécanismes qui peuvent contribuer à leur mal-être.
La thérapie n'est pas un endroit où l'on vous explique ce que vous devriez ressentir. C'est un espace où vous pouvez prendre le temps de vous écouter, de mettre des mots sur votre expérience et de chercher, à votre rythme, pour avancer.
Votre tristesse n'est peut-être pas ce que vous croyez.
Elle n'est pas une faiblesse à combattre. Et vous n'avez pas non plus à apprendre à vivre seul.e avec elle.
Vous vous reconnaissez dans cet article ?
Je propose des accompagnements adaptés à votre situation en cabinet à Besançon et à distance en visioconférence.





C'est tellement éclairant ! Merci merci merci !!! 🙏